
Donc, 10h30 le grand départ. Nous contournons l'hôtel et le chemin, au bout de 300 m, fait une fourche. Je propose d'aller à droite mais Fernand préfère la gauche. Je le suis et un petit kilomètre plus loin, nous nous retrouvons ... à La Petite Pierre. Premier carton jaune pour Fernand. Il nous faut revenir sur nos pas. Ça commence bien!
Après une petite marche sur un chemin confortable, nous arrivons dans le village d' Erckartswiller. Fernand est étonné de voir des murs en pierre comme en Provence; on en voit peu dans le sud de l'Alsace. Quelques belles maisons, d'autres plus simples mais toujours bien entretenues.


A la sortie du village,nous retrouvons la forêt, avec un sentier plat, sympathique qui longe un vallon.
Un rocher surplombe le chemin et un reste de feu de bois nous laisse penser qu'il a servi d'abri à quelques randonneurs. C'est le Rocher de l'autel.

Nous continuons d'avancer, Fernand consulte de temps en temps sa carte au 25000 ème mais il a décidé de s'orienter "au flair". La nature change à présent, nous sommes entourés de fougères. Au début, je trouvai que c'était joli, mais au fur et à mesure, ces fougères sont devenues plus denses et surtout plus hautes: elles me dépassaient de 50 cm et leurs feuilles empiètent sur le chemin.
Je n'ai plus trouvé ça joli du tout,car je sais que c'est la place favorite des tiques et ça me fait horreur. J'ai laissé entrevoir à Fernand mon insatisfaction !!! si je puis dire. Le pauvre, il essayait de m'élargir le chemin en tapant sur les fougères avec ses bâtons de marche. Une clairière est apparue, nous avons pensé que nous étions au bout de notre peine. En contrebas de notre chemin s'étendait un marécage où nous avons aperçu une biche. Nous nous sommes arrêtés un moment pour l'observer.

Nous nous remettons en marche pour nous apercevoir que le coup des fougères recommence. Quelle joie! Nous arrivons au Réservoir des 4 fontaines et là le chemin s'arrête! Découragés,
nous décidons de prendre notre casse-croûte tiré du sac et... de réfléchir! J'encourage vivement Fernand à laisser son flair de côté et à prendre sa boussole. Aie! Nous ne sommes pas dans la bonne direction et il faut rebrousser chemin car il n'est pas possible de traverser le marécage. Nous voilà obligés de retraverser toutes les fougères! Honnêtement, j'ai un peu râlé. Fernand a droit à un 2ème carton jaune!
Finalement, le marécage se rétrécit en une rivière que nous arrivons à traverser en marchant sur un tronc d'arbre car il n'y a pas de pont à l'horizon. Bon exercice d'équilibriste! Et nous voilà enfin sur le bon chemin.
Nous poursuivons notre route et retrouvons la nature en longeant des piscicultures. Nous arrivons à Sparsbach où nous profitons de la belle vue sur la plaine.

Notre sentier se met à grimper en lacets dans la forêt. Nous passons entre de grands arbres qui s'élèvent pour chercher la lumière. Pas de bosquet, juste une couverture de feuilles mortes. C'est une forêt comme je les aime, très propre, pas besoin de balayer! Un grand rocher en grès rose apparaît; toutes les Vosges du nord sont en grès, la terre est rouge et nous verrons que les maisons dans les villages utilisent le grès dans leurs murs et leurs murets.


Fernand le Magnifique devant le Rocher de l'Englishberg et une vue depuis le haut du rocher.
Arrivés à Wimmenau, nous sommes impatients de nous offrir un petit dessert. Pas de chance, tous les commerces, restaurants, pâtissiers sont fermés le mercredi. Bizarre comme tradition.
Nous sommes sauvés cependant par un café tenu par une "étrangère" au pays ( elle devait venir du département des Vosges) qui ne comprend pas cette façon de faire. Tant mieux, nous savourons d'autant plus notre coupe de glace. Je ne suis pas mécontente d'être assise car la fatigue commençait sérieusement à se faire sentir après les 15 km effectués.

Malheur à moi: après m'être relevée, j'ai de telles douleurs dans les jambes que je pense ne plus pouvoir avancer. Je serre les dents et me force à faire un pas après l'autre. Je me jure de ne plus jamais m'asseoir en cours de route. Et c'est bien ce que je ferai les jours suivants, me contentant la plus part du temps de m'adosser sans m'asseoir. Ah! la vie est dure!
Il nous reste une bonne distance à parcourir pour atteindre notre destination de la journée. Pour couronner le tout, Lichtenberg est en hauteur. Une longue marche en montée nous attend.

Et ça n'en finit pas de monter. J'ai l'impression que mes jambes me rentrent dans le corps, mais je continue sans rien dire. Fernand me dit de bien m'appuyer sur mes bâtons de marche mais je n'en fais rien car ils m'embarrassent plus qu'ils ne m'aident.
Enfin, nous arrivons à Lichtenberg vers 18 h. Nous avons ainsi fait nos premiers 20 km. Fernand, fatigué, moi, épuisée, nous cherchons notre hôtel. Il y en a 2: l'un, pas mal, est fermé: ici aussi, on est mercredi! L'autre, hum! plus simple, dirai-je, c'est le notre.


Plus kitsch que ça, ça n'existe pas. Linos cirés, meubles début du siècle dernier, matelas à ressort avec bosses et creux, décoration soignée: petits oiseaux en porcelaine et bouquets de fleurs en plastique. Fernand est ravi de ce décors, sincèrement, ça doit lui rappeler le village de son enfance. Il dit que tout est harmonieux: en effet, tout est laid!!
C'est une petite dame âgée de 70 ans qui tient toute seule cet hôtel: l'hôtel du Château. Elle s'occupe de tout: l'entretien des chambres - et tout est impeccablement propre- les petits déjeuners, les repas qu'elle cuisine elle-même et le service au bar. Elle ne se fait aider que le week-end. Elle dort à peu près 4 h par nuit, ça lui suffit, dit-elle. Et ceci 7 jours sur 7 et sans aucune vacance pendant toute l'année. Que pourrait-elle faire d'autre? nous dit-elle. Elle est formidable.

Ce premier soir, nous sommes affamés; je dévore un pot- au- feu extra bon, fait maison bien sûr et Fernand se régale de 2 truites, le gourmand. Madame Stollé ne voudra que lui en facturer une seule, ce que bien entendu nous n'accepterons pas. Jamais vu cela!
Un seul couple, Muriel et Yves, partagera la salle à manger avec nous. Ce sont également des randonneurs qui font un trekking de 10 jours et dans le sens inverse du notre mais bien plus long. Nous échangeons quelques informations et ils ont la gentillesse de nous prendre en photo car Fernand a un problème de batterie à son appareil ( comme d'habitude lors de nos voyages...). J'apprends par Muriel qu'il faut prendre de l'arnica avant et pendant le trekking pour soulager les douleurs.
Fernand me propose après le dîner d'aller jeter un oeil sur le château, mais moi je ne peux plus que me jeter dans les bras de Morphée.
Je me demande comment je vais dire demain à Fernand que c'est trop dur pour moi et que je ne peux pas continuer? La nuit me portera peut-être conseil!

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